Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme : 10 préjugés sur l’autisme à bannir

2 avril 2021 : journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Selon l’Inserm, environ 700 000 personnes sont concernées par cet handicap en 2020. On utilise plutôt le terme « troubles du spectre de l’autisme » (TSA) puisqu’il en existe plusieurs formes.

Le « #TousEnBleu » a été lancé sur Twitter pour soutenir les personnes autistes. La couleur bleu fait référence à Autism Speaks, association se consacrant « à la promotion de solutions, à travers le spectre et tout au long de la vie, pour les besoins des personnes [autistes] et de leurs familles ». Près de 40 monuments seront illuminés en bleu, ce vendredi 2 avril, partout en France : place Stanislas à Nancy ou encore l’opéra de Montpellier. Quant à la ville de Nice, différents bâtiments sont décorés de lumières bleues depuis le 1er avril.

Pour l’occasion, voici 10 préjugés à bannir. Vous êtes autiste ou parents de ces derniers ? Vous avez alors déjà entendu de nombreuses absurdités : « ces personnes sont toutes surdouées », « elles refusent de communiquer » ou encore « elles ne fondent pas de famille ». Plus de raison pour affirmer une idée reçue avec cet article !

1. L’autisme est une maladie

Premier préjugé et pas des moindres… L’autisme ne se soigne pas, c’est un handicap. Le TSA se caractérisent par une manière différente de raisonner et de penser. Les personnes autistes ont alors une interaction sociale différente.

Cet handicap est un trouble neuro-développemental. Il impacte donc le développement du cerveau et des perceptions sensorielles. Cet handicap est probablement génétique. D’après certaines théories, les facteurs environnementaux jouent aussi un rôle. L’autisme peut se définir comme un handicap « évolutif ». Ce dernier peut être influencé par l’environnement dans lequel grandit une personne autiste. Il existe donc plusieurs formes de TSA.

Certains enfants autistes sont hypersensibles aux sensations comme le son ou le toucher. Des adaptations au quotidien ou au travail sont maintenant conçues pour permettre aux personnes autistes de mieux vivre cet handicap. Chacun est différent et n’a pas les mêmes particularités.

2. L’autisme concernent seulement les garçons

L’autisme concerne les garçons et les filles. Pourquoi ce préjugé est apparu ? Il est vrai que les filles sont moins nombreuses que les garçons. En 2020, on comptait un ratio de 3 ou 4 garçons pour 1 fille autiste.

Autre raison : les filles auraient davantage de faciliter à imiter les comportements de leurs pairs. Elles pourraient alors mieux cacher leur handicap. Les filles seraient alors diagnostiquées plus tard que les garçons.

Dans la société, la représentation d’une personne autiste est souvent un homme. Conséquence, les femmes autistes sont moins visibles.

Lors d’une interview pour le média Brut, Julie Dachez, autiste Asperger, raconte son parcours. Diagnostiquée à 27 ans, elle confie : « En France, l’autisme est très mal connu, surtout lorsqu’il s’agit des femmes ». Son cas n’est pas isolé. L’autisme au féminin « s’exprime de façon plus subtile » que pour les hommes.

3. Les personnes autistes sont surdouées

Cette idée reçue est sans doute la plus populaire. Pour y répondre, le média OneHeart a interviewé la présidente de l’association Autisme France, Danielle Langloys. D’après elle, c’est une fausse croyance : « 30 à 40 % des personnes autistes ont un trouble du développement intellectuel associé ». Ce trouble se traduit par la difficulté de l’apprentissage et de l’autonomie d’une personne autiste.

Toutes ces personnes n’ont pas un QI élevé. Une minorité peut tout de même développer des connaissances très approfondies dans un ou plusieurs domaines. Par exemple, Paul El Kharrat, ancien champion de l’émission TF1 « Les 12 Coups de Midi », a démontré une capacité de mémorisation hors du commun.

4. Les personnes autistes ne ressentent pas d’émotions

Non, elles ne sont pas des robots dénués de toutes émotions. À l’inverse, elles se caractérisent souvent comme hypersensibles. Ces personnes expriment leurs émotions avec difficultés.

Pour elles, il est parfois difficile de comprendre les émotions des autres. Parents ou proches de personnes autismes, votre rôle est de les aider à exprimer leurs émotions et comprendre celles des autres.

La youtubeuse Angie Breshka se sert de ce réseau social pour transmettre des messages forts. La vidéo « Autisme : que ce passe t-il avec nos émotions ? » définit le terme « émotion » et décrypte les différentes caractéristiques de l’autisme.

5. Elles refusent de communiquer

Vous avez déjà entendu qu’une personne autiste « est dans sa bulle » ? Vous savez alors à quel préjugé cette phrase courante est rattachée. Demandons-nous d’abord « comment pouvons-nous nous adapter ? » et non « comment peuvent-ils nous accorder de l’attention ? ». Il suffit de commencer par accepter cet handicap.

Il fait souvent face à la solitude. Ce sentiment est lié au manque de liens sociaux. C’est donc une priorité de bannir ce préjugé pour créer de réels contacts.

Il est vrai que certaines personnes autistes ne cherchent pas le contact visuel lors d’un échange. Cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas attentives. « Attirer l’attention et veiller à s’exprimer lentement, de façon concrète, sans jeux de mots, permet un échange plus apaisé pour la personne autiste », conseille le ministère de la Santé sur son site dédié à l’autisme. L’attitude la plus simple est donc d’accepter cette façon de communiquer, en accord avec la personne autiste. N’oublions pas : chacun est différent.

6. Les adultes autistes ne sont pas capables d’être autonomes

Chaque personne autiste a ses capacités et ses difficultés, comme chaque être humain. Nous ne devons jamais nous dire qu’une personne autiste est incapable de s’adapter à telle situation ou de participer à telle décision à cause de son handicap. Elle ne le peut pas car c’est comme cela.

Plutôt que penser de cette manière, une discussion avec la personne afin de connaître ses points forts est conseillée. Cet échange permettra de la faire grandir et dépasser les difficultés qu’elle rencontre.

7. Au travail, on ne leur confie pas de tâches importantes

Les personnes autistes sont parfaitement capables d’occuper des postes dans des domaines différents. Cela demande parfois quelques aménagements et adaptations : mode de communication spécifique, emploi à temps partiel… 

Elles sont employées dans des entreprises ordinaires. D’autres travaillent dans des organismes adaptées ou dans des Établissements de Service et d’Aide par le Travail où elle peuvent être accompagnées. Pour les personnes autistes avec un QI élevé, il est nécessaire de développer leurs capacités « extraordinaires ». Ces aptitudes peuvent ensuite les aider à construire un réel projet professionnel.

Le parcours de Juliana, autiste Asperger, est un exemple. En s’axant principalement sur la réalisation d’audit RGAA, elle a un véritable rôle au sein de l’équipe de Koena. Différents aménagements ont été mis en place pour favoriser son inclusion dans l’entreprise : installations matérielles, mise en place du job coaching.

8. Elles n’arrivent pas à s’intégrer dans un groupe

Malgré la difficulté de comprendre et d’expliquer leurs émotions et celles des autres, les personnes autistes peuvent sympathiser avec n’importe qui.

Elles peuvent s’exprimer différemment et difficilement. Cela ne veut en rien dire qu’elles ne savent pas le faire. Il suffit simplement d’apprendre à communiquer avec elles.

Même si une personne autiste trouve très souvent les situations sociales difficiles ou stressantes, cela ne signifie pas qu’elles ne veulent pas sociabiliser. Elles font de très gros efforts au quotidien pour interagir malgré cette particularité. Comprendre cette situation permettrait de savoir qu’elles cherchent parfois à créer des liens sociaux. Aux autres personnes de faire des efforts en retour et de donner un cadre agréable et moins stressant.

9. Les enfants autistes doivent intégrer une école spécialisée

Les enfants autistes peuvent-ils aller dans une école quelconque ? C’est le combat de Déborah Absalon, maman du petit Aaron. Elle raconte son histoire au média Lorraine Actu.

Depuis que mon fils a 3 ans, je me bats pour qu’il soit scolarisé et qu’il puisse garder sa place à l’école. Je sais que c’est compliqué quand on ne connaît pas l’autisme, quand on n’est pas formé. Mais, malheureusement, ces préjugés entraînent le rejet.

Déborah Absalon, maman d’Aaron

Pourquoi l’école refuse ? L’autisme est mal vu. Les établissements scolaires mettent en œuvre peu d’aménagements. Maladroitement, cet handicap peut être associé à la déficience intellectuelle. Ce n’est pourtant pas toujours le cas. Cet handicap est invisible. Il y a donc une mauvaise représentation à cause des nombreux préjugés.

Le livre « Comprendre mon copain autiste » écrit par Peter Patfalw, avec l’aide d’un professeur spécialisé, permet de comprendre les comportements des enfants autistes. À travers une écriture abordable à tous, l’auteur utilise l’humour pour faire passer des messages afin d’aider ces enfants à l’école : outils pratiques, aménagements… Ce livre s’adresse aux plus jeunes, de 5 à 15 ans.

10. Ils ne fondent pas de famille

Les enfants autistes deviennent des adultes voire des parents. Pourquoi ne pourrait-il pas vivre une histoire d’amour et désirer des enfants ? Être parent avec cet handicap et savoir gérer les complications liées à la parentalité peut être difficile mais pas impossible.

Le média Médiapart a publié un article sur le sujet en 2017 :

Plus de 300 mères autistes ont participé à une étude en ligne, ce qui laisse penser qu’il y a probablement des milliers de parents diagnostiqués autistes dans le monde, et sans doute des centaines de milliers voire des millions de parents sans diagnostics.

Article « Les avantages insoupçonnés d’être un parent autiste », Médiapart

Le TSA est unique pour chaque personne concernée. Elles sont avant tout des personnes avec un caractère singulier. Chaque personne a ses points forts, difficultés et centres d’intérêts. Le handicap ne doit pas être vu comme la première caractéristique d’une personne.


Texte : Emma Jalis
Illustration : Freepik & montage Canva (traduction)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *