Télétravail : une solution efficace pour toutes et tous ?

Je m’appelle Iman, je vais vous raconter mon expérience quant au télétravail en période de confinement, qui m’a conforté dans l’idée de militer pour un numérique inclusif.

J’ai découvert l’accessibilité numérique il y a 3 ans. Je me suis tout de suite prise de passion pour ce domaine. Sans hésiter, j’ai alors décidé de poursuivre mon rêve : contribuer à un numérique plus accessible.

Après une reconversion professionnelle, me voilà enfin stagiaire consultante chez Koena : entreprise solidaire d’utilité sociale spécialisée dans l’accessibilité numérique. J’ai appris à faire le diagnostic d’un site et à m’initier aux audits. J’étais très enthousiaste à l’idée d’apprendre ce métier, mais cette joie a été de courte durée : 2 semaines plus tard, le confinement a été instauré.

Le numérique à l’heure du confinement

Nous faisons face aujourd’hui à une crise sanitaire, qui bouscule toutes nos habitudes et affectent notamment le monde du travail. Le 11 mars 2020 L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a reconnu le statut de pandémie, c’est-à-dire la propagation d’une nouvelle maladie au niveau mondial, pour le COVID-19. Cette maladie touche 184 pays au 08 avril 2020, et la France fait partie des pays les plus touchés, selon cette carte interactive des chercheurs de l’université américaine Johns-Hopkins à Baltimore (Maryland).

Des mesures ont donc été prises pour limiter la propagation de ce virus en France. L’une d’elles consiste à ce que le télétravail[1] devienne « la règle impérative pour tous les postes qui le permettent« . Cette mesure est en vigueur depuis le 15 mars 2020, et jusqu’à nouvel ordre, comme l’indique ce communiqué du ministère du travail.

L’usage des technologies de l’information et de la communication est donc essentiel dans ce cadre . Il faut, en effet, pouvoir communiquer à distance et maîtriser les logiciels. Ce qui implique donc que les outils soient accessibles à tous, y compris aux personnes handicapées.

Les personnes handicapées peuvent, comme les personnes valides, naviguer, percevoir, interagir et contribuer sur le Web : c’est ce que permet l’accessibilité numérique. En d’autres termes, un site internet conçu et codé de manière accessible, permet à une personne handicapée d’y naviguer via les technologies d’assistance qu’elle utilise (exemple : le lecteur d’écran pour les personnes déficientes visuelles, logiciel de dictée vocale pour les personnes ne pouvant pas utiliser leurs mains, etc.).

En cette période, le numérique est présenté comme « la » solution miracle pour garder une vie active, mais est-ce vraiment une solution efficace pour toutes et tous ?

Le recours au télétravail permet en effet de maintenir certaines activités qui ne pourraient pas avoir lieu autrement. Cependant, les conditions d’accès au numérique ne sont pas équitablement réparties dans la société. Le recours à ces modalités sans accompagnement et précautions peuvent également accentuer des inégalités et exclusions déjà présentes dans notre société.

Les possibilités offertes par le télétravail et les limites dans un contexte de crise

Le numérique offre énormément d’avantages, notamment le fait de pouvoir travailler à domicile, sans avoir à se déplacer jusqu’au bureau, de garder contact avec le monde extérieur etc. Aussi, grâce au numérique, on peut se former à distance. Cependant, lorsque le numérique n’est pas accessible, il peut rapidement créer ou renforcer des inégalités et exclusions.

La force du numérique : une panoplie d’outils à disposition

J’ai eu peur de devoir suspendre mon stage, mais fort heureusement, je peux continuer à apprendre le métier via un outil magique : Internet. En ce moment, le numérique est la solution à tout : ces articles développent chacun sur le télétravail, l’école à la maison, la consultation médicale.

Le télétravail n’est pas une nouveauté chez Koena. On est équipé pour cela, top ! Je vais pouvoir continuer ma vie de stagiaire comme avant. Pour communiquer, nous avons à notre disposition :

  • l’application Zoom nous permettant de faire des réunions d’équipe tous les matins ;
  • Whereby pour les réunions avec un ou deux collègues ;
  • l’application Slack pour les discussions éphémères, les « pauses café » etc.
  • Nous avons également les mails et un groupe WhatsApp.

Ces différents canaux de communication nous permettent de rester quotidiennement en contact.

Les limites du télétravail, malgré un contexte privilégié

Premier jour de travail : un peu déboussolée, avec l’école à la maison et le télétravail pour tous. On a quand même réussi à s’organiser au mieux avec ma famille pour que chacune et chacun ait un endroit calme pour travailler.

9h : Je commence une Visio avec l’ensemble de l’équipe Koena. Je fais très rapidement face à la réalité : ma connexion internet ne pourra pas tenir. Eh oui, j’avais oublié un petit détail, avec l’école à la maison et le télétravail imposé : on est 7 sur le même réseau.

Ma connexion internet étant très lente, j’essaie de trouver une solution. C’est alors que je me rends compte qu’on n’est pas la seule famille à faire face à cette difficulté, beaucoup n’ont même aucune connexion. En effet, selon l’Institut National de la statistique et des études économiques (INSEE), en 2019, 17% de la population française a déclaré ne pas avoir accès à internet ou ne pas savoir utiliser les outils numériques.

Comme on a pu le voir, le numérique est un outil formidable, à condition d’y avoir accès, d’avoir une bonne connexion, et bien sûr, qu’il soit inclusif.

Télétravail et fracture numérique

Les problématiques d’accès au numérique

Le phénomène d’exclusion numérique est caractérisé par un « fossé numérique », nommé aussi « fracture numérique ». Le rapport « Le fossé numérique en France » de 2011 (PDF 2,9 Mo), du Centre d’Analyse Stratégique (CAS) distingue deux niveaux de fossés numériques. Le premier, apparu depuis les années 90, concerne l’accès aux technologies numérique (avoir un ordinateur, une connexion internet, un téléphone etc.). Le second niveau, plus récemment analysé (dans les années 2000) correspond à l’usage du numérique et au degré de formation vis à vis de la technologie.

La fracture numérique est donc une réalité en France. Cette fracture risque de creuser les inégalités notamment avec la mise en place de l’école à la maison.

L’école à la maison implique en effet, un équipement, une bonne connexion internet mais également des compétences scolaires et numériques. Il est important de savoir manipuler les outils numérique, cet enjeu est appelé « littératie numérique ». La littératie numérique est définie par L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), et reprise dans un rapport du Conseil national du numérique (PDF, 14,6 Mo), comme étant « l’aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail (…) en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités ».  Bien que le numérique fasse partie intégrante de notre vie, en 2019, plus d’1 français sur 3 manquait de compétences numérique de base, comme nous le montre cette étude de l’INSEE

Ainsi, pour pouvoir continuer à mener une vie active durant le confinement, un accès internet est il suffisant ? Évidemment que … Non !

Le numérique doit être accessible pour que tout le monde puisse en profiter, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Un environnement numérique massivement inaccessible pour certaines personnes handicapées

Une étude menée par WebAim (Web Accessibility in mind) en février 2020, recense 97,8% de sites présentant des erreurs selon le guide des normes universelles d’accessibilité WCAG (Web Content Accessibility Guidelines). Autre exemple qui peut être très parlant en ces jours de confinement : l’attestation de déplacement dérogatoire, téléchargeable sur le site du gouvernement, n’était pas, à sa publication, accessible aux personnes déficientes visuelles.

Pour rappel, l’accessibilité numérique est une obligation légale, notamment pour les organismes de services publics et les entreprises générant un chiffre d’affaires annuel d’au moins 250 millions d’euros.

Concernant le télétravail, il consiste à avoir un certain nombre d’outils pour communiquer : mails, documents numérisés, plateforme d’appels vidéo etc. Si ces derniers ne sont pas accessibles, certaines personnes handicapées auront des difficultés à travailler.

Il est important de comprendre que l’accessibilité n’est pas réservée qu’aux développeurs, tout le monde peut y contribuer. Prenons des exemples concrets :

  • Si la signature d’un mail n’est composée que d’une image et que cette image n’a pas d’alternative textuelle : le lecteur d’écran d’une personne déficiente visuelle ne pourra pas restituer ce qui est écrit sur l’image. L’utilisateur ne pourra donc pas lire les informations en signature.
  • Les documents Word doivent être structurés par des titres de niveaux (titre 1 pour les titres de premier niveau, titre 2 pour les sous titres du titre 1 etc.), et ne doivent pas être en justifié. En effet, la justification des textes peut rendre la lecture encore plus difficile pour un lecteur dyslexique.
  • Les documents PDF doivent être enregistrés en mode « balisé » pour qu’ils soient accessibles.

Par ces quelques exemples, on peut voir que tout le monde peut agir, à son échelle, pour rendre les outils numériques et leurs contenus plus accessibles, et ainsi permettre une plus grande inclusion.

Le numérique, une opportunité… quand il est inclusif

Le numérique offre un grand nombre de solutions, notamment en cette période de confinement liée au COVID-19, à condition qu’il soit accessible. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Comme on a pu le voir, on a toutes et tous un rôle à jouer dans l’accessibilité.

Si vous aussi vous voulez contribuer à cette inclusion numérique : profitez de ce temps passé à la maison, pour vous former. Pendant le confinement, le cours en ligne « Créer un MOOC inclusif » coproduit par Koena et France Université numérique est disponible. La première semaine vous fera découvrir les fondamentaux de l’accessibilité numérique, cela peut être utile quel que soit votre domaine d’activité.

Chez Koena, on propose également des formations en fonction du profil métier de chacune et chacun : pour les chefs de projets, les référents accessibilité, les développeurs etc. On propose même une formation sur les fondamentaux de l’accessibilité numérique. N’hésitez pas à visiter la rubrique formation du site de Koena.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter les articles suivants :

Mattea Battaglia et Chloé Ripert, M. et C. (28 mars 2020). École à distance, semaine 2 : « Je ne crois pas que j’y arriverai »Le Monde.

Cécile Andrzejewski, C. ( 6 avril 2020). En psychiatrie, « avec le confinement, on revient à quelque chose d’asilaire »Mediapart.

Camille Poloni, C. (7 avril 2020). Covid-19: « Chacun compte sur les autres pour connaître et respecter les règles »Mediapart.

Camille Bordenet et Léa Sanchez, C. et L. (4 avril 2020). « Le visio-machin, je n’y connais rien » : la fracture numérique en France aggravée par le confinement. Le Monde.


[1] Selon l’article L. 1222-9 – Code du Travail, le télétravail désigne  :

« toute forme d’organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait pu être exécuté dans les locaux de l’employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon volontaire en utilisant les technologies de l’information et de la communication »

 

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